Archives du blog

Laure de Noves - Autobiographie





 Je suis une demoiselle d'Avignon. 1984, Je vois cette plaque et j'éprouve le désir d'être cette "Laure de Noves pour qui Pétrarque conçut un amour sublime qui les fit immortels." 

C'est à Avignon que je commence à faire tout ce que je fais et aime aujourd'hui : danser, chanter, jouer. Je ne sais pas encore qu'il s'agit d'écriture.

Je suis liée aux mots. Ils sont sans doute la seule chose qui me relie au monde. 

Je suis amoureuse de la grâce de la vie, de la grâce des acteurs, des danseurs, de la grâce du langage partagé. 

j'ai choisi ce nom (très tard) mais pas comme un nom de guerre, plutôt comme les indiens se nomment quand leur personnalité s'est faite jour. J'ai pris ce nom parce que la vie passe vite et qu'il faut s'amuser. Ce n'est donc pas très sérieux.


Laure De Noves - Jardin du Luxembourg, Paris - Ottin.

Autobiographie 

Nous sommes le 2 avril 2015

Je suis une belle de jour 

Née au XXème siècle à Avignon en l'an 64  le 9 octobre vers 10 h du matin. Oui c'est mon cinquantenaire cette année ! 

Je me suis dit qu'il était temps de faire un blog.

Je me suis dit qu'il était temps de changer de nom puisque je ne me marierai jamais (j'ai longtemps essayé les noms de mes amoureux à côté de mon prénom - pour voir, pas vous ?) 


Je me dit beaucoup de choses mais vous n'avez pas besoin de tout savoir.


Je suis, comme je l'ai dit précédemment, amoureuse des mots. J'ai toujours eu le goût du mot juste, du mot le plus proche de mon sentiment ou de mon intuition, ou de mon intime conviction.

Faire comprendre ce qui est à l'intérieur, tout au fond, est une sorte de mission (ce n'est pas sérieux) que j'ai accepté, inconsciemment d'abord et puis avec évidence. A présent c'est une nécessité urgente de m'approcher de mieux en mieux, le plus possible de ce point en moi, pour... vous. 

De faire naître comme un doute entre vérité et faux semblant. Je ne porte jamais de masque je chercherai plutôt à les faire fondre. J'y parviens quelquefois, c'est un soulagement. Je vois clair.  Je m'éclaircie. Cela dérange je crois.

....

Je commence par danser, pointes et demi pointes. 

Ensuite mes mains relient le piano à mon cerveau.                    

A la sortie de l'adolescence, l'été de ma majorité exactement, j'arrête de fumer du soir au lendemain - je fumais depuis l'âge de 14 ans, j'en étais à un paquet par jour, aujourd'hui je ne sais même pas comment je pouvais fumer autant ! - et ce lendemain je me réveille en sachant très clairement que je dois chanter et faire du théâtre. Je m'y suis mise en septembre 1983. Je n'ai jamais cessé. 

Je chantais depuis toujours : dans le ventre de ma mère déjà, en voiture, en marchant, à côté d'elle, devant elle, derrière elle selon la place que je prenais au répétitions de la chorale 'A Cœur Joie'.  C'est aussi le nom de la clinique dans laquelle je suis née (ça ne s'invente pas, pour ceux qui croit aux signes ...)


Alors il y a  

LES RENCONTRES !

Marion Sylvestre

Mon premier professeur de chant. 

J'admire l'énergie, la joie, le talent, de cette femme et artiste. Passionnée et passionnante. Une musicienne extraordinaire, d'une grande exigence et d'une belle folie. Drôle, piquante, émouvante. 


Marion SYLVESTRE

Elle aime par dessus tout le théâtre, et m'invite à en faire. Je m'inscris l'année suivante.

Avec :

Pascal Papini


ET  Louis Beyler

Mes deux premiers professeurs de théâtre au Conservatoire d'Avignon

Ils ont l'air sérieux, mais je peux vous assurer qu'ils sont très très drôle.


Je voulais chanter parce qu'on ne peut pas tricher avec la voix. On ne peut pas avoir ni prendre celle de quelqu'un d'autre. Chaque voix est unique, ce qui fait sa beauté.

Ils m'apprennent comment être, vraiment, sincèrement, une autre sans tricher. 

Sobriété, malice, plaisir,  précision. Le corps, l'écoute, l'humour, l'amitié et l'art, la lecture d'un texte, la curiosité. 

Ensuite je traverse la France. Je passe trois années dans un autre conservatoire : Grenoble, Isère.

Le programme ? THÉÂTRE 24/24. 


Ville / Montagne / Conservatoire / Centre Dramatique National des Alpes : Le Cargo,  un voyage au long cours.  

(vous entendez : long et cour(s/t) étrange)

Le conservatoire était à côté du Cargo dont nous étions les invités permanents. ! Nous pouvions voir tous les spectacles, films, expositions, autant de fois que nous le voulions (quelle fête !). Dans le restaurant ou au bar nous pouvions parler avec les artistes, lorsqu'ils étaient disponibles. 

Je me souviens de tous ces spectacles de


Georges Lavaudant (richard III), Chantal Morel (Platonov, Home, TOUT), Bruno Boeglin (Gertrud, Zucco), Galotta (Mamame, Docteur Labus). Bruno Messat (visite), François Tanguy (Jeu de Faust !!!), Claude Regy (trois voyageur regarde un lever de soleil), Penchenat, Jeanne Moreau (Pour la servante Zerline de Klaus Michaël Grüber - rencontre inoubliable ! je suis émue rien que de l'écrire) Claude Brasseur, Ariel Garcia Valdès (un richard III gracieux au possible !), Bagouet (le saut de l'ange, et lui quel ange n'est-ce pas ?), Jean Pierre Vincent, Christian Rist (un amoureux de la langue française ! qui transmet cet amour), Philippe Van Kessel (et sa magnifique "conquête du Pôle sud" !!!), Patrice Chéreau, François Raffinot, Sylvie Guillermin, Josef Nadj, Znorko, Kantor et d'autres encore .... 


Je vois des films russes à la frontière entre muet et parlant (La vie d'un homme), je découvre aussi Tarkovski (Stalker, l'enfance d'Ivan, le sacrifice)


Entre les festivals à Avignon et mes quatre années passées à Grenoble dans le giron du Centre Dramatique National, mon regard se forme - à tout.  J'ai déjà entendu parlé de Pina Bausch, je vais à Lyon pour voir une de ces pièces, j'en verrais beaucoup d'autres et rencontrerais quelques unes de ses interprètes.

Ils font tous parti de ma vie alors et aujourd'hui.

On dit que le spectacle est éphémère,  ce n'est pas vrai ! Je me souviens très bien des scénographies, de certaines lumières, de certaines voix, ils sont dans ma chair. 

Avec mes camarades nous parlons d'eux, de ce que nous voyons, aimons, détestons, rêvons. 

Je lis du théâtre, je dors et je mange du théâtre, je rêve de théâtre. Mes camarades aussi. Nous sommes des innocents aux mains et aux coeurs pleins.


Je vis dans la montagne, j'apprends mes textes en marchant dans les forêts qui m’entourent, les arbres veillent sur moi, je croise des renards, des vaches, des chevaux, des oiseaux des plus grands au plus petits. Je vis avec le ciel sur la tête, la terre sous mes pieds. Je ne vais pas bien ? Je pars dans la nature deux heures et je reviens guérie.


Ensuite et pour conclure : l'essentiel 


2004 - Joël Pommerat, Michele Troise, Harold Parker

Il y a aussi Pascale Nandillon

2006 - Wajdi Mouawad - de loin

2012 - Julyen Hamilton

Il y a aussi Emmanuelle Pépin


Metteur en scène, écrivain, magnifique directeur d'acteur.
Professeurs de chant, américain, autre culture, autre approche de l'art.
Metteur en scène, écrivain
Danseur, danseuse.
Ils sont ce qu'ils sont. 
Leur fréquentation est un tournant.
Ils me permettent d'approcher (l'art ?, moi-même ?, l'être ?) 
à travers l'interprétation de leur texte, de la musique, d'apprivoiser le champ des possibles de ma voix, de mon corps, de ma sensibilité, de l'être.
D'être plus libre  (parce que je me reconnais pleinement là) donc plus apte à toucher les autres. Ce qu'on appelle se sentir à sa place je crois.
... ... ... 
Quelque chose est ouvert, grand ouvert. 
A l'oeuvre. 


Adieu : Effort, projection, articulation, soutien, démonstration, intention.

Adieu : Peurs : de n'être pas 

juste, vrai, bonne ou la bonne personne

Adieu : Personnage(s), psychologie, représentation, distanciation, identification

Adieu : Paraître, avoir, apparence, jugement, critique, erreurs - échecs ,  juste ou/et faux.


Salut 

instant(s)

Salut 

Musique

Verbe

Salut

Être

ici et maintenant

Être

tout de suite
toujours, 
Salut
présence
oui
relation
écriture
corps
spiritualité
vie
tu fais avec ce qui est là
tu peux faire moins plutôt que trop
less is more (c'est drôle mais c'est vrai)
Salut
joie, plaisir, solidité
de ce qui vient
de ce qui est
dans cet instant là 
puis dans celui-là 
ad libitum
plonger
dans la certitude de l'instant 
qui devient éternel.
Un nouveau chemin.
se déshabiller, se déshabituer, 
dé-lire, re-lier, 
lire
écrire
soulagement de se rencontrer mieux  :
Je reconnais ma voix 
je reconnais mes mouvements, 
mes intentions
celles et ceux de toujours.
Il n'y a plus rien à justifier.
Tout est là. 
POSSIBLE.

UNE RENCONTRE ENCORE 

surprenante, inattendue, sublime

Norma Jean Baker - Marilyn Monroe


Sœur, petite et grande

âme (sœur encore) 

Présence légère et lumineuse

Espérance

Si elle savait qu'elle est tout cela pour moi elle serait très étonnée je pense.

Elle me manque parfois comme une personne à laquelle j'aurais été liée dès l'enfance

J'ai regardé Marilyn Monroe très tôt sans doute 

mais j'ai réellement, entièrement VU Marilyn Monroe en 2009


Je vois un film de Guillaume Bureau : une femme les cheveux long et brun, de 36 ans environ est assise face caméra. 

Elle parle : Enfance, cinéma, jeux, amours, pouvoir, studio, joies, États unis. 

Elle parle d'elle avec simplicité, stratégiquement aussi (je le comprendrai ensuite), avec sincérité toujours. Ce qu'elle dit est vrai (j'en aurai la confirmation ensuite).


C'est la dernière interview de Marilyn, pour le journaliste Richard Meryman. 

Comme beaucoup d'autres, je tombe des nues. 

Je découvre une femme intelligente, amoureuse de la vie et de son travail. Fragile mais lumineuse. Désespérée et pourtant généreuse et légère. Drôle. Elle me touche pour toujours.  

Elle parle de moi qui vit à des années-lumière d'elle. Elle parle de quelque chose qui vibre en moi qui suis à l'extrême opposé. 

Elle est une star ayant passée la barre de tous les univers.

Personne ignore qui est Marilyn Monroe plus de cinquante années après sa disparition.  Qui me connaît ?


Pourtant elle dit ceci : 

"Les gens me regarde souvent comme si j'étais un miroir au lieu d'une personne, ils ne me voient pas, ils voient seulement leurs propres pensées."

Si seulement ils pensaient !!!!


Elle est petite, je suis grande

Elle est blonde, je suis brune

Elle est américaine, je suis française

Elle est née en 26 et disparaît en 62

Je suis née en 64 et j'ai dépassé depuis longtemps les 36 ans.


Pourtant je vais dire SES mots. Pourtant je vais la faire apparaître encore une fois pour ceux qui seront là ce soir là. Ils vont : la voir, l'entendre, la comprendre. 

Mieux : ils vont être touchés par CETTE PERSONNE, à travers moi. MERCI. C'est un honneur, une chance, un privilège. MERCI d'avoir reçu cette Marilyn. 


Merci Marilyn d'avoir été qui tu as été (pas seulement une star). 

Merci d'être encore. 

MERCI à toutes ces personnes de m'avoir indiqué un chemin. C'est bon de penser à vous, de vous retrouver ici.

Grâce à vous il est moins solitaire.

Il y a beaucoup d'autres personnes qui m'ont inspirées, étonnées, soutenues parfois, l'humain est d'une grande puissance.
Y demeurer est parfois difficile ? Y revenir souvent alors.