Note d'intention pour le projet
Paradis
il me
semblait qu’un nuage nous couvrait brillant épais dense et poli comme un
diamant frappé par le soleil à l’intérieur de soi cette perle éternelle nous
reçut comme l’eau reçoit un rayon de lumière en restant close
Philippe Sollers - Paradis 2 p.31 36
le texte - la musique
Dire à haute voix restitue aux mots leur dimension
physique et musicale, le dire est mouvement.
Dire avec ses poumons et son diaphragme, avec sa langue
et ses lèvres est très différent de lire seulement avec les yeux. Il y a ce
passage de l’imprimé à la sonorité où le langage devient un élément constitutif
du corps.
Il y a une qualité érotique à cela. Un retour à l’enfance aussi. Nous
sommes touchés par les mots, nous touchons les mots, nous nous rencontrons à
travers eux.
La question est toujours d’être à la bonne distance avec le
texte. Ni trop impliqué (émotion, signification, message) ni trop détaché
(formel), car alors il y a trop de volonté dans le dire, trop de pensée entre
le texte et ceux qui le reçoivent.
Il s’agit plutôt d’être un passeur traversé par l’écriture.
Ce qui est bien une action.
Une immédiateté entre les mots qui se présentent à l'acteur (qui sait par cœur) dans leur organisation particulière, leur prononciation et leur
réception.
C’est ce qui est également en jeu dans la musique
improvisée, que l’on appelle aussi composition instantanée. Et c’est à ce point
de rencontre que nous travaillons. C’est une disponibilité au sensible qui
permet, dans cette ouverture, les changements et l’étonnement pour nous au
plateau et pour les spectateurs.
Les mots ne sont pas seulement des mots, ils sont le
souffle et l’esprit, peut-être même l’âme de la personne qui les dit grâce à
ceux qui les écrivent.
Il faut parler ainsi à votre esprit
Parce qu’il apprend du seul sensible
Ce qu’il rend ensuite digne d’intellect.
Dante - Paradis, chant IV vers 40 à 42