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mercredi 22 avril 2015

PARADIS

Note d'intention pour le projet


Paradis

il me semblait qu’un nuage nous couvrait brillant épais dense et poli comme un diamant frappé par le soleil à l’intérieur de soi cette perle éternelle nous reçut comme l’eau reçoit un rayon de lumière en restant close 

Philippe Sollers - Paradis 2 p.31 36  


le texte - la musique 


Dire à haute voix restitue aux mots leur dimension physique et musicale, le dire est mouvement. 

Dire avec ses poumons et son diaphragme, avec sa langue et ses lèvres est très différent de lire seulement avec les yeux. Il y a ce passage de l’imprimé à la sonorité où le langage devient un élément constitutif du corps. 

Il y a une qualité érotique à cela. Un retour à l’enfance aussi. Nous sommes touchés par les mots, nous touchons les mots, nous nous rencontrons à travers eux. 


La question est toujours d’être à la bonne distance avec le texte. Ni trop impliqué (émotion, signification, message) ni trop détaché (formel), car alors il y a trop de volonté dans le dire, trop de pensée entre le texte et ceux qui le reçoivent. 

Il s’agit plutôt d’être un passeur traversé par l’écriture. Ce qui est bien une action.


Une immédiateté entre les mots qui se présentent à l'acteur (qui sait par cœur) dans leur organisation particulière, leur prononciation et leur réception.


C’est ce qui est également en jeu dans la musique improvisée, que l’on appelle aussi composition instantanée. Et c’est à ce point de rencontre que nous travaillons. C’est une disponibilité au sensible qui permet, dans cette ouverture, les changements et l’étonnement pour nous au plateau et pour les spectateurs. 


Les mots ne sont pas seulement des mots, ils sont le souffle et l’esprit, peut-être même l’âme de la personne qui les dit grâce à ceux qui les écrivent.


Il faut parler ainsi à votre esprit

Parce qu’il apprend du seul sensible

Ce qu’il rend ensuite digne d’intellect. 

Dante - Paradis, chant IV vers 40 à 42 


samedi 21 mars 2015

THEATRE ET AMOUR : LIRE ET VOIR


"L’astronome qui lit une carte d’étoiles disparues ; 

le joueur de cartes qui lit l’expression de son partenaire avant de jouer la carte gagnante ; 

le danseur qui lit les indications du chorégraphe, et le public qui lit les gestes du danseur sur la scène ; 

les parents qui lisent sur le visage du bébé des signes de joie, de peur ou d’étonnement ; 

l’amant qui lit à l’aveuglette le corps aimé, la nuit ; 

le pêcheur hawaïen qui lit les courants en plongeant une main dans l’eau ; 

le fermier qui lit dans le ciel le temps qu’il va faire 

– tous partagent avec le lecteur de livres l’art de déchiffrer et de traduire des signes. 

Dans chaque cas, c’est le lecteur qui lit le sens ; 

c’est le lecteur qui accorde ou reconnaît à un objet, un lieu ou un événement une certaine lisibilité, une signification. 

Tous, nous nous lisons nous-mêmes, et lisons le monde qui nous entoure afin d’apercevoir ce que nous sommes et où nous nous trouvons. 

Nous lisons pour comprendre, ou pour commencer à comprendre. "


Alberto Manguel. Une histoire de la lecture